Exercice sur table ou exercice terrain

Exercices de crise communaux : mettre votre PCS à l’épreuve

Un plan communal de sauvegarde vaut par sa capacité à guider l'action le jour où il est activé. L'exercice permet d'en vérifier l'organisation avant un événement réel. Je prépare, anime et formalise des exercices de crise pour les communes de moins de 10 000 habitants de la Drôme.

Un exercice au moins tous les cinq ans

La loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021, dite loi Matras, a élargi le périmètre des communes tenues d'établir un plan communal de sauvegarde et posé le principe d'une mise à l'épreuve régulière du dispositif. La périodicité est posée par la loi elle-même, à l'article L731-3 du code de la sécurité intérieure : tous les cinq ans au moins, la mise en œuvre du plan fait l'objet d'un exercice associant les communes et les services concourant à la sécurité civile. Le décret n° 2022-1532 du 8 décembre 2022, qui crée les articles D731-9 à D731-13 du même code, en a fixé les modalités d'organisation.

Cette périodicité se lit en parallèle de celle de la révision du plan, que le décret n° 2022-907 du 20 juin 2022 plafonne également à cinq ans. Les deux échéances se répondent : l'exercice révèle ce qui doit être corrigé, la révision l'inscrit dans le document.

Deux précisions comptent. L'exercice n'est pas un contrôle de l'État : le maire l'organise sous sa propre autorité, dans le prolongement de son pouvoir de police défini à l'article L2212-2 du code général des collectivités territoriales. Et lorsqu'un événement réel a conduit à activer le plan sur la période, cette activation tient lieu d'exercice.

Faire le point sur votre échéance
  • Une périodicité

    Un exercice au moins tous les cinq ans pour les communes soumises à l'obligation de PCS.

  • Des participants

    Les acteurs publics et privés concernés sont associés, la population impliquée dans la mesure du possible.

  • Un retour d'expérience

    Chaque exercice donne lieu à un RETEX élaboré avec l'ensemble des participants.

  • Des suites concrètes

    Les préconisations du RETEX ajustent ou confirment les mesures inscrites au plan.

Deux formats d'exercice, deux usages différents

Le mot « exercice » recouvre deux pratiques très différentes par les moyens mobilisés, la durée et les éléments mis à l'épreuve. Les confondre peut conduire soit à renoncer par crainte de la logistique, soit à mobiliser un dispositif lourd sans bénéfice proportionné pour une première séance en salle.

Exercice sur table

Deux à trois heures effectives, en salle, autour d'un scénario déroulé heure par heure. Aucun moyen n'est engagé sur le terrain : les participants analysent, décident et transmettent les informations nécessaires.

  • Teste la chaîne de décision et la répartition des rôles
  • Teste la joignabilité réelle des personnes de l'annuaire de crise
  • Teste la lisibilité des fiches réflexes en situation
  • Teste l'armement du poste de commandement communal
  • Ne teste pas les délais de déplacement, l'équipement d'un centre d'accueil ni la portée des moyens d'alerte

Exercice terrain

Une demi-journée à une journée, avec engagement de moyens réels sur le territoire communal. Le dispositif est joué, pas seulement décrit.

  • Ouverture effective d'un centre d'accueil et de regroupement
  • Déclenchement des moyens d'alerte et d'information de la population
  • Bouclage ou évacuation d'un secteur limité
  • Participation possible du service d'incendie et de secours et des services de l'État
  • Contrepartie : préparation longue, sécurisation du dispositif, information préalable des habitants

Quel format privilégier pour un premier exercice

Pour une commune qui n'a jamais testé son plan, l'exercice sur table est presque toujours le bon choix. Il fait remonter l'essentiel des failles d'organisation — un numéro périmé, une clé de salle introuvable, une responsabilité que personne n'assume vraiment — sans mobiliser un seul véhicule. L'exercice terrain vient ensuite : il est inutile d'ouvrir réellement un centre d'accueil tant qu'on ignore qui décide de l'ouvrir. Cette progression est développée dans l'article organiser un exercice de crise dans une commune.

Qui participe à l'exercice

Le texte prévoit d'associer les acteurs publics et privés concernés, à tous les niveaux, et d'impliquer la population dans la mesure du possible. En pratique, dans une commune rurale, un premier exercice sur table réunit un cercle restreint et facile à mobiliser.

  • Le maire et les adjoints

    Ceux qui arment la cellule de crise. Le maire reste directeur des opérations de secours tant que le préfet n'a pas pris la direction des opérations dans le cadre du dispositif ORSEC. Ce partage des rôles est détaillé dans la fiche qui fait quoi en cas de crise, utile à distribuer avant l'exercice.

  • Le secrétariat de mairie

    Pivot de l'organisation communale, souvent seul détenteur de la mémoire des contacts et des accès. Son indisponibilité le jour J constitue en soi une hypothèse à tester.

  • Les agents techniques

    Barrièrage, mise en sécurité des bâtiments, ouverture des locaux. Leur connaissance des lieux et des matériels corrige souvent les hypothèses trop optimistes du plan.

  • La réserve communale de sécurité civile

    Lorsqu'elle existe, la réserve communale de sécurité civile participe à l'exercice. Celui-ci vérifie que sa mobilisation est effectivement organisée, et non seulement prévue dans le plan.

L'article L731-3 du code de la sécurité intérieure prévoit que l'exercice quinquennal associe les communes et les services concourant à la sécurité civile : le service d'incendie et de secours a donc vocation à y être associé. Rien n'interdit en revanche de conduire d'abord, en interne, un exercice de rodage centré sur l'organisation communale, avant l'exercice formalisé au titre de l'obligation. Une distinction doit rester nette tout au long de la séance : le PCS organise la sauvegarde de la population — alerte, mise à l'abri, évacuation, accueil, soutien logistique — tandis que les opérations de secours relèvent du SDIS, du SAMU et des forces de l'ordre. Un exercice communal qui dérive vers la simulation d'une intervention de secours manque sa cible. Ce partage des rôles est détaillé dans les ressources réglementaires.

Construire un scénario crédible, ancré sur vos risques réels

Un scénario ne se choisit pas pour son caractère spectaculaire mais pour sa plausibilité sur le territoire. Il se construit à partir de ce que la commune connaît déjà : les risques recensés par le département, ceux couverts par un plan de prévention, ceux qui figurent dans le PCS et dans le DICRIM, et surtout la mémoire des événements passés — la crue de tel ruisseau, la coupure électrique de tel hiver, l'accident sur tel axe routier.

Le travail de préparation compte davantage que la durée de la séance. Il consiste à écrire un déroulé horaire réaliste, jalonné d'événements successifs qui obligent la cellule à décider sous contrainte : une information incomplète, un accès coupé, un agent injoignable, un appel de la préfecture, un journaliste local qui demande une réaction. Ces injections ne servent pas à piéger les participants, mais à faire apparaître les points où le plan reste muet.

Un principe guide l'écriture : un exercice qui ne révèle aucun défaut a été mal conçu. Le scénario doit être calibré juste au-dessus du niveau d'aisance de l'équipe, sans basculer dans l'invraisemblable, qui ferait décrocher les participants.

Formaliser le retour d'expérience

L'exercice est un moyen, le retour d'expérience est le résultat. Le texte impose qu'il soit élaboré avec l'ensemble des participants : ce n'est pas un rapport d'observateur remis après coup, mais un travail collectif conduit à chaud, pendant que les difficultés sont encore présentes à l'esprit.

5 ans
Périodicité minimale d'un exercice de PCS
2-3 h
Durée effective d'un premier exercice sur table
1 RETEX
Retour d'expérience après chaque exercice
DOS
Le maire dirige, jusqu'à la prise de direction préfectorale

Ce que contient un RETEX exploitable

  • Le rappel du scénario joué, des objectifs fixés et des participants présents.
  • Le déroulé factuel et horodaté de ce qui a été décidé et transmis.
  • Ce qui a fonctionné, et qu'il faut donc consolider plutôt que réécrire.
  • Les points de friction : annuaire incomplet, chaîne de décision floue, salle de repli mal équipée, message d'alerte inadapté.
  • Des préconisations actionnables, chacune associée à un responsable et à une échéance.
  • La traduction attendue dans le plan : quelle fiche, quelle annexe, quelle coordonnée est modifiée.

Sans cette dernière rubrique, le RETEX reste un document de constat. Avec elle, il devient le plan de travail de la révision du PCS. Le rôle du retour d'expérience, y compris après un événement réel, est développé dans l'article ce que les retours d'expérience communaux enseignent.

L'activation du Poste de Commandement Communal

Le poste de commandement communal, le PCC, est le lieu et l'organisation depuis lesquels le maire dirige l'action de sa commune pendant la crise. Il figure dans tous les plans, mais reste l'un des points les plus fragiles : il n'est presque jamais monté avant d'en avoir besoin.

L'exercice vérifie des éléments très concrets : l'accessibilité de la salle désignée en dehors des heures d'ouverture et la détention des clés, l'existence d'une alimentation de secours, la tenue des moyens de communication si le réseau mobile sature, la présence d'un support pour la main courante et la cartographie, la compréhension du tableau de répartition des fonctions par ceux qui doivent les tenir.

La main courante mérite une attention particulière. Tenue dès la première minute, elle horodate et documente les décisions du maire — ce qui constitue une trace factuelle utile ensuite — et rend le retour d'expérience possible. Non tenue, elle transforme le RETEX en exercice de mémoire collective.

Le déroulement de la prestation

J'interviens en préparation, en animation et en formalisation. Le principe reste celui que j'applique à l'élaboration d'un plan : je ne travaille pas à la place de la commune. L'exercice est celui du maire et de ses équipes, mon rôle est de le rendre possible, exigeant et exploitable, sans provoquer le désengagement des services communaux.

1

Cadrage

Lecture du PCS existant, choix du format, des objectifs à tester et de la date. Identification des participants à mobiliser.

2

Écriture du scénario

Déroulé horaire fondé sur un risque réel de la commune, avec les injections successives et la grille d'observation.

3

Animation

Conduite de la séance, activation du PCC, régulation du rythme et observation des points de friction.

4

RETEX et suites

Débriefing à chaud, rédaction du retour d'expérience et liste des modifications à porter au plan.

L'exercice peut être commandé seul, sur un plan déjà en place, ou intégré à une mission de création ou de révision. Il se décline aussi à l'échelle intercommunale lorsqu'un plan intercommunal de sauvegarde existe. Le budget dépend du format retenu et du travail de préparation : la logique est détaillée sur la page tarifs.

Questions fréquentes

Le PCS vient d'être adopté, faut-il déjà organiser un exercice ?

Oui, et c'est même le meilleur moment. Un plan neuf n'a jamais été confronté à une mise en situation : c'est là que se trouvent les hypothèses trop optimistes et les coordonnées déjà obsolètes. Un exercice sur table conduit dans l'année qui suit l'adoption transforme un document validé en organisation comprise.

Un événement réel géré par la commune peut-il remplacer l'exercice ?

Oui. Lorsqu'un événement a conduit à activer le plan communal de sauvegarde au cours de la période, cette activation tient lieu d'exercice. Il reste indispensable d'en formaliser le retour d'expérience : c'est lui qui matérialise la démarche et alimente la révision du plan.

Faut-il obligatoirement associer le SDIS et la préfecture ?

Pour l'exercice qui satisfait à l'obligation quinquennale, oui : l'article L731-3 du code de la sécurité intérieure prévoit qu'il associe « les communes et les services concourant à la sécurité civile », ce qui vise au premier chef le service d'incendie et de secours. À noter également que la participation à un exercice organisé par le préfet ou par l'EPCI à fiscalité propre répond à l'exigence d'exercice pour la commune (articles D731-10 du même code). Rien n'interdit, en amont, un exercice sur table interne de rodage centré sur la seule organisation communale : il prépare l'exercice réglementaire sans s'y substituer.

Combien de temps faut-il prévoir pour un exercice sur table ?

Deux à trois heures effectives pour la séance, débriefing à chaud compris : ce format tient dans une matinée. L'essentiel de la charge se situe en amont, dans l'écriture du scénario, et en aval, dans la rédaction du retour d'expérience.

Que se passe-t-il si l'exercice se passe mal ?

Un exercice a précisément pour objet d'identifier les points à améliorer. Il ne constitue pas une évaluation de la commune et aucune note n'est délivrée. Chaque blocage repéré en salle peut être traité avant une situation réelle. Un exercice sans aucun écart peut signaler un scénario insuffisamment exigeant.

Le retour d'expérience doit-il être transmis à la préfecture ?

Aucun formulaire type n'est imposé. Ce qui compte est que le document existe, qu'il soit daté, qu'il ait été élaboré avec les participants et que ses préconisations soient suivies d'effet. Je recommande de le conserver avec le PCS et d'en présenter les conclusions au conseil municipal.

Votre PCS a-t-il déjà été testé ?

Si la réponse est non, ou si le dernier exercice remonte à plus de cinq ans, l'échéance mérite d'être regardée maintenant. Un premier échange permet de situer votre échéance et le format adapté à votre commune. J'interviens auprès des communes de la Drôme.

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Checklist d'exercice sur table

Une checklist courte pour préparer un exercice sur table, consigner les observations et suivre les corrections à apporter.

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