Fiche repère — élus et agents communaux

En cas de crise, qui fait quoi ?

Trois acteurs, trois missions et un point de bascule. Le maire organise la sauvegarde de sa population ; il ne commande ni les sapeurs-pompiers ni les forces de l'ordre. Cette page précise, mission par mission, la répartition des responsabilités et les références juridiques correspondantes.

Sauvegarde et secours : deux chaînes distinctes

Le malentendu le plus fréquent, dans une petite commune, tient en une phrase : les sapeurs-pompiers ne s'occupent pas de tout. Ils sauvent, soignent et combattent le sinistre. Alerter les habitants, les mettre à l'abri, ouvrir une salle, héberger, ravitailler, recenser qui est parti et qui reste : cela relève de la sauvegarde, organisée au plus près par la commune.

Sans cette répartition, le plan communal de sauvegarde reste un document général. Lorsqu'elle est claire, le plan devient un cadre opérationnel qui précise ce qui relève de la commune, et ce qui ne relève pas d'elle.

Le point de bascule

La question qui commande tout le reste n'est pas « quel risque ? » mais « quelle ampleur ? ». Choisissez la situation pour voir qui dirige.

Directeur des opérations de secours
Le maire

Autorité de police sur sa commune

Il décide de l'alerte, de la mise à l'abri, de l'évacuation et de l'hébergement. En cas de danger grave ou imminent, il prescrit les mesures de sûreté exigées par les circonstances et informe d'urgence le préfet des mesures qu'il a prescrites.

CGCT, art. L2212-2 et L2212-4 · CSI, art. L742-1 Il dirige les opérations de secours tant que l'événement reste dans les limites et les capacités de la commune.
Directeur des opérations de secours
Le préfet

Autorité de police dans le département

Lorsque l'événement risque de dépasser les limites ou les capacités de la commune, il mobilise les moyens publics et privés et assure la direction des opérations de secours. Il en informe les maires concernés et déclenche, s'il y a lieu, le plan ORSEC départemental.

CSI, art. L742-2 et L741-1 · CGCT, art. L2215-1 Lorsque le préfet prend la direction des opérations de secours, il en informe les maires concernés.

Sur un événement limité à la commune, le maire dirige les opérations de secours. Le commandant des opérations de secours, officier de sapeurs-pompiers, conduit la manœuvre des secours sous son autorité et lui rend compte.

Une idée reçue à corriger : la réquisition

On lit souvent que le maire peut réquisitionner des moyens privés en cas d'urgence. Ce n'est pas exact. Le maire prescrit les mesures de sûreté exigées par les circonstances (CGCT, art. L2212-4) ; la réquisition de tout bien ou service en situation d'urgence relève du représentant de l'État dans le département, par arrêté motivé (CGCT, art. L2215-1, 4°). Concrètement : la commune mobilise ses moyens propres et les conventions passées avant la crise — agriculteur, transporteur, salle privée — puis demande la réquisition au préfet. C'est l'une des raisons pour lesquelles un inventaire des moyens à jour vaut mieux qu'un pouvoir qu'on croit détenir.

Trois colonnes, trois autorités

Chacune a sa mission et sa chaîne de commandement. Elles travaillent en parallèle, sur le même terrain, sans se commander les unes les autres.

Commune — sauvegarde

Protéger et soutenir la population

  • Alerter les habitants et diffuser les consignes
  • Mettre à l'abri ou évacuer, recenser les personnes vulnérables
  • Ouvrir le centre d'accueil, héberger, ravitailler
  • Tenir le poste de commandement communal et la main courante
  • Mettre les moyens communaux à disposition des secours
  • Informer le préfet des mesures prises et rendre compte
DirigeLe maire, appuyé par ses adjoints, ses agents et, lorsqu'elle existe, la réserve communale de sécurité civile (CSI, art. L724-1)
Secours — SDIS, SAMU

Sauver, soigner, combattre le sinistre

  • Sauvetage, extinction, dégagement des personnes
  • Régulation médicale, soins d'urgence, évacuation sanitaire
  • Périmètre de sécurité immédiat autour du sinistre
  • Compte rendu régulier au directeur des opérations de secours
CommandeLe commandant des opérations de secours, sapeur-pompier, sous l'autorité du directeur des opérations de secours. En cas de péril imminent, il prend les mesures nécessaires et en rend compte (CGCT, art. L1424-4)
Forces de l'ordre

Sécuriser, contrôler, enquêter

  • Bouclage des périmètres, déviations, contrôle des accès
  • Ordre public et protection des biens évacués
  • Recherche de personnes, identification des victimes
  • Constatations et enquête judiciaire
DirigeLe préfet pour l'ordre public, le procureur de la République pour l'enquête. La police municipale, elle, reste sous l'autorité du maire

Qui fait quoi, mission par mission

Répartition des missions entre la commune, les services de secours et les forces de l'ordre. En gras : celui qui décide ou qui porte la mission.
Mission Commune Secours Forces de l'ordre
Alerte Décide et diffuse : sirène, automate d'appel, porte-à-porte ; demande au préfet un message FR-Alert Alerte des moyens de secours par sa propre chaîne Appui à la diffusion sur le terrain
Mise à l'abri, évacuation Décide, organise, recense qui est parti et qui reste Extrait les personnes en danger Sécurise l'évacuation, boucle la zone
Sauvetage, soins Met engins, locaux et connaissance des lieux à disposition Sapeurs-pompiers, SAMU-SMUR, sous la conduite du commandant des opérations de secours
Hébergement, soutien Centre d'accueil, couchages, repas, registre des personnes accueillies, appui des associations agréées Soutien médico-psychologique sur demande
Moyens supplémentaires Mobilise ses moyens propres et les conventions passées à l'avance ; demande au préfet renforts et réquisitions Demande des renforts par la chaîne opérationnelle du SDIS Demande des renforts par sa propre chaîne
Circulation, périmètres Barrières sur les voies communales, police municipale Périmètre immédiat du sinistre Bouclage, déviations, ordre public
Information Informe le préfet des mesures prises, parle aux habitants, tient la main courante Rend compte au directeur des opérations de secours Rend compte au préfet et au procureur
Après l'événement Demande de reconnaissance de catastrophe naturelle, soutien aux sinistrés, retour d'expérience, mise à jour du PCS Retour d'expérience opérationnel Constatations, enquête

La place du maire, en deux listes

Ce que le maire doit garder sous contrôle
  1. La décision d'alerter, de mettre à l'abri ou d'évacuer sur sa commune, tant que le préfet n'a pas pris la direction des opérations de secours.
  2. L'information d'urgence du préfet sur les mesures de sûreté qu'il a prescrites (CGCT, art. L2212-4).
  3. L'organisation communale. Il peut confier la mise à jour du PCS à un adjoint, un conseiller municipal ou, à défaut, au correspondant incendie et secours ; il conserve la responsabilité des décisions relevant de ses pouvoirs de police et de la sauvegarde communale.
Ce qu'il ne fait pas
  1. Il ne commande pas les sapeurs-pompiers. La manœuvre des secours appartient au commandant des opérations de secours, qui agit sous son autorité et lui rend compte.
  2. Il ne dirige ni les gendarmes, ni les policiers nationaux, ni l'enquête judiciaire. Seule la police municipale relève de lui.
  3. Il ne prononce pas les réquisitions d'urgence : ce pouvoir appartient au préfet, le maire le sollicite.
  4. Il ne se substitue pas au préfet une fois la direction des opérations prise à l'échelon départemental : il reste chargé de la sauvegarde de sa population, en appui du dispositif ORSEC.

Quatre questions que les élus posent

Le maire commande-t-il les sapeurs-pompiers ?

Non. Sur sa commune, le maire est directeur des opérations de secours : il décide des mesures à prendre pour protéger la population. La manœuvre des secours, elle, est conduite par le commandant des opérations de secours, un officier de sapeurs-pompiers, qui agit sous l'autorité du directeur des opérations de secours et lui rend compte (CGCT, art. L1424-4).

Diriger n'est pas commander : le maire fixe l'objectif, le commandant des opérations de secours choisit les moyens et la manœuvre.

À quel moment le préfet prend-il la direction des opérations de secours ?

Lorsque l'accident, le sinistre ou la catastrophe risque de dépasser les limites ou les capacités de la commune, le représentant de l'État dans le département mobilise les moyens publics et privés et assure la direction des opérations de secours. Il en informe les maires des communes dont le territoire est concerné (CSI, art. L742-2) et déclenche, s'il y a lieu, le plan ORSEC départemental.

Le maire peut-il réquisitionner un engin, une salle ou un hébergement en urgence ?

Pas de sa propre autorité, contrairement à une idée répandue. En cas de danger grave ou imminent, le maire prescrit les mesures de sûreté exigées par les circonstances et informe d'urgence le préfet des mesures prises (CGCT, art. L2212-4). La réquisition de tout bien ou service en situation d'urgence relève du représentant de l'État dans le département, par arrêté motivé (CGCT, art. L2215-1, 4°).

En pratique, le maire mobilise d'abord les moyens communaux et les conventions passées à l'avance, puis demande la réquisition au préfet. C'est une raison de plus pour que le plan communal de sauvegarde recense les moyens mobilisables avant la crise.

Que fait la commune quand les secours sont déjà sur place ?

Elle assure la sauvegarde de sa population : alerter les habitants et diffuser les consignes, mettre à l'abri ou évacuer, recenser les personnes vulnérables, ouvrir un centre d'accueil et héberger, ravitailler, tenir la main courante du poste de commandement communal et mettre ses moyens à disposition des secours.

Les sapeurs-pompiers et le SAMU sauvent et soignent ; la commune protège et soutient. Ces deux chaînes sont distinctes et travaillent en parallèle.

Sources Code de la sécurité intérieure : art. L741-1 (plan ORSEC), L742-1 (direction des opérations de secours et commandant des opérations de secours), L742-2 (prise de direction par le représentant de l'État et information des maires), L724-1 (réserves communales de sécurité civile), L731-3 (plan communal de sauvegarde) et L731-4 (plan intercommunal de sauvegarde). Code général des collectivités territoriales : art. L2212-2 et L2212-4 (pouvoirs de police du maire), L2215-1 (pouvoirs du représentant de l'État, dont la réquisition en urgence au 4°), L1424-4 (mise en œuvre des moyens des services d'incendie et de secours, commandement des opérations de secours). Références vérifiées sur Légifrance. Cette fiche est un repère pédagogique : elle ne remplace ni le règlement opérationnel du SDIS, ni les dispositions du dispositif ORSEC de votre département.