Chaque commune exposée à un risque majeur a l'obligation d'informer ses habitants. Cette obligation prend une forme précise : le Document d'Information Communal sur les Risques Majeurs, ou DICRIM. C'est le maire qui l'établit, sous sa responsabilité, et il en existe autant de versions qu'il y a de communes concernées.

Sur le papier, l'exercice paraît simple : recenser les risques, expliquer les consignes, indiquer comment l'alerte sera donnée. Dans les faits, le DICRIM se heurte souvent à deux écueils opposés. Trop administratif, il finit oublié dans un classeur de la mairie sans jamais atteindre la population. Trop anxiogène, il inquiète sans préparer. L'enjeu tient dans cet équilibre : informer clairement, sans alarmer.

Pour une commune rurale de Drôme ou d'Ardèche, souvent exposée aux inondations, aux feux de forêt, aux mouvements de terrain ou au transport de matières dangereuses, le DICRIM n'est pas une formalité de plus. C'est le premier maillon de la culture du risque locale, celui qui permet à chaque habitant de savoir quoi faire avant que les secours n'arrivent.

Ce qu'est le DICRIM, et d'où vient l'obligation

Le droit à l'information sur les risques majeurs est un principe général. L'article L125-2 du code de l'environnement prévoit que toute personne a droit à une information sur les risques majeurs auxquels elle est soumise et sur les mesures de sauvegarde qui la concernent. Ce droit couvre les risques technologiques et les risques naturels prévisibles.

Pour les communes exposées à au moins un risque majeur, ce principe se traduit par une obligation concrète : le maire communique à la population les caractéristiques du ou des risques, les mesures de prévention, les modalités d'alerte et l'organisation des secours, ainsi que, le cas échéant, les consignes de sécurité. C'est dans ce cadre qu'il élabore le DICRIM.

Le contenu du document est encadré par les articles réglementaires du même code. L'article R125-11 précise que le DICRIM reprend les informations transmises par le préfet et décrit les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde répondant aux risques susceptibles d'affecter la commune. L'article R125-10 désigne les communes concernées, c'est-à-dire celles exposées à un risque majeur naturel ou technologique.

Le DICRIM s'appuie sur un document amont : le Dossier Départemental sur les Risques Majeurs (DDRM), établi par le préfet. La commune ne part donc jamais d'une page blanche. Le DDRM et le porter à connaissance du préfet fournissent la base des risques à recenser.

Ce que le DICRIM doit contenir

Un DICRIM utile s'organise autour de quatre éléments, directement issus du cadre réglementaire :

Sur le volet alerte, un dispositif national doit désormais figurer aux côtés des moyens locaux : FR-Alert. Déployé sur l'ensemble du territoire depuis 2022, il permet aux autorités de diffuser un message d'alerte sur tous les téléphones portables présents dans une zone de danger. Il repose sur la diffusion cellulaire : aucune application à installer, aucune inscription préalable, et l'État n'a pas accès à la localisation des appareils. Le message est accompagné d'un signal sonore spécifique, y compris lorsque le téléphone est en mode silencieux.

FR-Alert complète les moyens d'alerte existants sans les remplacer : les sirènes, les véhicules avec haut-parleur, le porte-à-porte ou les réseaux sociaux de la commune restent pertinents, notamment pour les personnes dont le téléphone est éteint ou hors zone de couverture. Un bon DICRIM explique lesquels de ces moyens seront utilisés localement.

FR-Alert ne se déclenche pas à l'initiative de la mairie : l'activation relève des autorités compétentes, préfet en tête. Le DICRIM ne doit donc pas laisser croire que la commune enverra elle-même ces messages. Il informe de leur existence et du comportement à adopter à leur réception.

L'écueil du document administratif oublié

Un DICRIM peut être parfaitement conforme et rester totalement inefficace. Le risque le plus courant n'est pas l'illégalité : c'est l'inertie. Un document dense, rédigé dans un langage technique, imprimé une fois puis rangé, ne remplit pas sa fonction, même s'il coche toutes les cases réglementaires.

La réglementation a d'ailleurs anticipé ce travers. Le maire ne se contente pas d'établir le DICRIM : il doit le faire connaître au public par tout moyen approprié, notamment par voie électronique, et l'objet doit rester consultable gratuitement en mairie. Surtout, le code de l'environnement impose une action de communication au moins une fois tous les deux ans sur les risques majeurs et les mesures de prévention et de sauvegarde. Le DICRIM n'est donc pas un document que l'on produit une fois pour solde de tout compte, mais un support que l'on fait vivre.

Le rendre lisible et le diffuser dans la durée

Rendre un DICRIM efficace tient à des choix concrets, accessibles à une petite commune :

Informer sans alarmer, enfin, tient au ton. Un DICRIM efficace ne dresse pas un catalogue de catastrophes : il explique des gestes simples et rassure sur le fait que la commune est préparée. Le message n'est pas "voici tout ce qui peut arriver", mais "voici ce que vous saurez faire si cela arrive".

Son articulation avec le PCS

Le DICRIM ne doit pas être confondu avec le Plan Communal de Sauvegarde (PCS). Les deux documents sont complémentaires mais n'ont ni le même destinataire ni la même fonction.

Les deux se nourrissent l'un l'autre. Les risques recensés, les moyens d'alerte identifiés et les consignes définies dans le cadre du PCS alimentent naturellement le DICRIM. Un habitant informé par le DICRIM, qui connaît les consignes et reconnaît les signaux d'alerte, rend à son tour le PCS plus efficace le jour où il faut l'activer. Concevoir les deux documents ensemble, plutôt qu'isolément, évite les incohérences et fait gagner du temps.

Une règle de cohérence simple : ce qui est annoncé à la population dans le DICRIM (moyens d'alerte, points de rassemblement, consignes) doit correspondre exactement à ce que le PCS prévoit d'activer. Une divergence entre les deux se paie au pire moment, en pleine crise.

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